Le village des Irréductibles…

C’est une agglomération rurale et joliment vaudoise qui a pris de la hauteur -près de 780 m – comme pour mieux voir arriver le cours du temps et ne pas déranger celui de la Broye; une rivière qui lui est invisible mais qui coule pourtant au bas de son horizon; un horizon qui, parfois, côté Jura, lui fait voir un soupçon de Neuchâtel et lui dévoile un coin de lac, pudiquement, en s’excusant presque de faire miroiter un rivage auquel ses habitants n’ont pas droit. Côté est, en revanche, en se hissant tout au bout de son haut et en s’accolant à la terre fribourgeoise qu’il mordille d’ailleurs un peu, le village se donne un droit de regard unique sur la chaîne des Alpes; par dessus le regard des Dzodzets et sans même leur demander la permission.

Un manuscrit du Xème siècle mentionne pour la première fois le nom de Louatingis dans la charte de l’abbé Burcard de Saint-Maurice qui y fit défricher une concession, un abergement. Néanmoins, des vestiges romains découverts en 1810 pourraient faire remonter l’histoire de la commune jusqu’à l’antiquité.

A la gloire du Dieu qui est le nôtre et qui a élu domicile dans une chapelle discrète à l’entrée du village, la traversée de celui-ci a toujours été le passage obligé, quand arrivent les beaux jours, des pèlerins venus du nord qui se rendent à Saint Jacques de Compostelle. En ce qui concerne les dieux anciens, Lovatens aurait été le détenteur, à l’endroit dit “Au Marais”, d’une voie romaine ainsi que d’une pierre antique portant l’inscription “Deae Minervae”. Quoi de plus heureux pour cette agglomération que d’être liée à la déesse Minerve qui fut – excusez du peu! – la protectrice de Rome? Au bénéfice du village, on peut ajouter à la célébrité de Minerve le renom du théologien et pasteur Louis Germond, né en 1795, qui exerça à Echallens et s’illustra en fondant l’œuvre des diaconesses de Saint-Loup.

Si quelques familles font partie du patrimoine de Lovatens; si les Germond, les Giroud, les Léchaire, les May, les Ogay, les Pichonnat et les Poras y ont semé leur nom, chacun peut venir y faire fleurir le sien; qu’il soit du pays, de l’étranger ou d’une autre planète, pourvu qu’il y vive pleinement, longuement et, s’il le peut, « vaudoisement ».

 

Extrait d’un écrit d’un habitant : Oers Kisfaludy, (traduction en hongrois : la sentinelle du petit village).